Contes et Légendes d'Alsace

28. 29.

Entrez dans le Monde des Contes et des Légendes

d'Alsace

 

Parfois féeriques, parfois terrifiantes,

elles vous berceront au fil de la lecture

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Suivez le guide et

Bon divertissement

 

 

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Le Fantôme du lac de Sewen

 

Un dimanche, en plein été, après une semaine de récolte de blé, un riche fermier décida, en dépit de la désapprobation de sa femme, de partir faner ses prés en ce jour du Seigneur. Au crépuscule, l'orage grondait à l'horizon et la foudre tombait de toute part à proximité de la rivière. Après son dernier coup de fourche, le fermier fouetta ses chevaux dans l'espoir d'être rentré avant les grandes averses. Il n'avait pas atteint les bornes de son prés que la foudre le frappa. La violence fut telle que la terre s'entrouvrit, engloutissant le paysan et son attelage. Des trombes d'eau tombèrent et gonflèrent la rivière jusqu'à la crue. Les prés du pauvre homme disparurent sous les coulées d'eaux et de boues et le restèrent bien après le retour du soleil. C'est ainsi que par la colère de Dieu, le Lac de Sewen était né. Plus aucune trace du fermier. Prisonnier des eaux troubles du lac, son spectre erre, du crépuscule jusqu'à l'aube, au milieu des hennissements et de grincements de charrette disloqué...

 

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Le Petit Homme de la Chapelle St André

 

Un jour, vers l'an 1230, le Maître architecte Erwin de Steimbach, inspectait les travaux de la Cathédrale de Strasbourg. Il aperçut un petit homme qui observait le pilier des anges en ricanant et en hochant la tête et les épaules avec dédain. Intrigué par son comportement étrange, Maître Erwin lui en demanda la cause. Le petit homme répondit avec cette voix railleuse des gens qui critiquent :
" Certes, ce pilier est magnifique et les anges finement ciselés; Mais je crains fort que ce pilier ne supportera jamais le poids de la voûte. Il s'écroulera, je vous le dis, causant un drame de plus pour cet édifice souvent frappé par le malheur. Bien fol qui la conçu ! J'attends le jour de sa chute !"
L'architecte scrutant du regard le haut et splendide pilier, dit au petit bonhomme:
" Suivez-moi jusqu'à la loge des tailleurs de pierre, monsieur."

Confiant le petit homme orgueilleux à l'un des ces sculpteurs il lui ordonna:" Sculptez -le, le nez en l'air, dans la position de quelqu'un qui attend." Le Tailleur de pierre choisit un bloc, dit au malingre de ne pas bouger et fixa les traits du quidam sur la pierre à grand coup de marteau. Peu de temps après la sculpture de grès fut fixée au-dessus de la porte de la chapelle St. André. Maître Erwin fit ensuite venir le petit bonhomme qui fut très surpris et flatté de ce voir sculpté en cet endroit et lui dit :
"Vous resterez là, et ne bougerez pas, Monsieur ! Vous allez attendre là, figé à la balustrade pour l'éternité ! "
Ce petit bonhomme est toujours à la même place, appuyé à la balustrade de la chapelle St. André. Cela fait maintenant sept siècles qu'il attend la chute du pilier.

 

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La Rose d'Argent

 

Au coeur des montagnes vosgiennes de Sainte Marie aux mines, vivait un peuple entier de nains. Ces derniers avaient bâti une cité souterraine d’une beauté éblouissante.

Cette ville de cristal et d’argent était une Porte permanente entre les deux mondes. Les nains creusaient la terre et côtoyaient les hommes à qui ils apprenaient les arts de la mine, de la forge et de l’orfèvrerie.

Mais malgré la bonne entente entre humains et nains, le scepticisme et la méfiance commencèrent à grandir dans le coeur des hommes. Les disputes, les conflits et les jalousies se multiplièrent.

Or, il advint qu’un jour, le Roi des Silberzwergen sortit de la montagne pour contempler le clair de lune du monde des humains. Près d’un ruisseau, il aperçut une jeune femme qui était la fille d’un riche mineur et qui venait à peine de sortir du cloître où des nonnes l’avaient élevée.

La jeune demoiselle était d’une radieuse beauté et le roi des Nains en tomba éperdument amoureux. Il se révéla à elle pour lui confier son amour mais celle-ci fut effrayée de voir ce petit être informe, croyant avoir devant elle un de ces démons dont les bonnes soeurs lui avaient parlé. Elle s’enfuit sans dire un mot.

Le Roi des Nains était pris d’une grande passion pour la demoiselle. Il tenta à maintes reprises de la séduire, la couvrant de cadeaux magnifiques. Mais celle-ci, terrorisée, s’enfuyait toujours.

Fou d’amour, le Roi des nains ne savait plus quoi faire. Il finit par offrir à la jeune femme le plus merveilleux trésor qu’il possédait : la Rose d’Argent. C’était un objet unique et d’un grand pouvoir, fabriqué par les Anciens et la Déesse de la Lune. La Rose reposait au coeur de la cité souterraine et c’était elle qui reliait les deux mondes en permanence grâce à sa magie. Mais une nouvelle fois, la jeune fille refusa les avances du nain. Elle s’enfuit en criant des paroles blessantes au roi qui lui tendait la Rose dans un geste de supplication.

En chemin, elle eut un terrible accident : elle trébucha sur la racine d’un arbre dans l’obscurité de la nuit et tomba dans la rivière. Ne sachant pas nager, elle se noya.

Le roi des nains éprouva un immense chagrin après avoir appris la noyade de la jeune fille. Il retourna dans la montagne et fit écrouler toutes les galeries des mines derrière lui. De part ses pouvoirs magiques, les mineurs de la Vallée de Sainte Marie aux mines ne parvinrent plus jamais à découvrir les filons d’argent ou d’or qui circulaient sous la montagne. Le roi, toujours malheureux, prit la Rose magique et partit au loin, dans les régions à l’est du Waldwelt.

Cet épisode malheureux eut de grandes répercussions dans le Waldwelt : en l’apprenant, ses habitants sentirent qu’il n’était plus possible d’entretenir des relations avec les humains si ceux-ci les fuyaient. Partout, fées, elfes, nains, lutins disparurent peu à peu et ne laissèrent leurs empreintes qu’à travers les légendes et les contes de toute sorte.

Le roi des Nains quant à lui parvint dans son pays natal, dans les montagnes qui surplombaient le château de La Licorne et la Forêt des Ténèbres. Là, il fit cadeau de la Rose à la Dame à la Licorne et cette reine des Elfes accepta la garde du trésor qu’elle jeta dans le puit profond de sa demeure. Le nain malheureux partit retrouver ses chères montagnes et mourut de chagrin…

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 La chatte noire de Tagsdorf

 

Nombre de traditions populaires, dans tous les pays, évoquent la transformation de sorciers et de sorcières en loups-garous, en animaux de toutes sortes, dont le chat, plus particulièrement de couleur noire. Encore aujourd'hui, beaucoup de personnes redoutent l'apparition soudaine de ce sombre félin, qui leur semble à la fois mystérieux et diabolique. Le chat noir passe donc pour porter malheur.

 Autrefois, disait-on, sur le pont de Tagsdorf, ce pont de grès rose construit par Vauban, une chatte noire se tenait souvent, la nuit, surtout quand sifflait lugubrement le vent d'automne. Rien ne l'effrayait : ni le bruit grinçant du seau qui heurtait la margelle du puits voisin, ni les aboiements des chiens, ni le roulement des chariots attardés. Ceux qui, tapis dans l'obscurité, se sont risqués à épier la chatte noire, ont raconté qu'elle était assise sur le parapet du pont et que - chose vraiment étrange ! - elle tricotait un bas aussi noir qu'elle. On ignore si, telle Pénélope, elle défaisait son ouvrage pour ensuite le recommencer, mais l'on assure qu'elle attendait ainsi le passage de quelque humain attardé, pour tenter de l'ensorceler.

Or, par une sombre et sinistre nuit de tempête, un chevalier et sa monture arrivèrent à l'entrée du pont. Le cheval, dit la tradition, fut si effrayé de voir ce chat noir tricoter en roulant des yeux de braise et en miaulant affreusement, que, pris de panique, il bondit par-dessus le parapet, emportant avec lui son maître dans les eaux du Thalbach en crue.

Jamais on ne retrouva le cheval ni son cavalier ; mais, depuis, par les nuits sombres, et quand la rivière grossit, on entendrait monter des flots mugissants, les appels lointains et désespérés d'un homme qui se noie.

Selon une note de Stintzi, une autre chatte noire erre entre Carspach et Hirtzbach. Elle accompagne le passant attardé venant de ces villages, puis disparaît dans un miaulement effrayant, aux abords du ruisseau qui descend de la chapelle de Saint-Luggert (Saint-Léger).

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Les cloches du Pomselbruna

 

Les habitants de Saint-Léger s'étant aperçus de l'arrivée de l'ennemi, s'étaient réfugiés à l'église. Toutes les richesses de l'église et tout l'argent du village furent rassemblés, mis dans une caisse et enterrés dans un champ en dehors du village.
Ils descendirent les cloches du village et les immergèrent dans le puits communal qui fut comblé par la suite. L'ennemi arriva et les extermina tous.

Les "fastakinder" (enfants nés pendant l'une des périodes de "quatre temps" et qui avaient le pouvoir de prévision) avaient parfois la possibilité de voir ces cloches sous une autre forme.
Pendant une chaude journée d'été, une servante était allée au puits chercher de l'eau pour son maître et pour les valets. Et quand elle arriva, elle aperçut deux gros poissons qui recouvraient toute la surface. Elle était là, sans pouvoir prendre de l'eau. Elle repartit auprès de son maître dans les champs et lui dit :
"Maître, je ne peux pas prendre de l'eau au "Pomsellbruna", deux gros poissons recouvrent toute la surface."
Le maître dit au valet : "Accompagne-la et attrape les poissons, ça nous fera un bon déjeuner pour ce vendredi. Mais apporte de l'eau, nous pourrons en boire malgré les poissons."

Et le valet accompagna la servante au puits, mais quand ils arrivèrent, la surface de l'eau était limpide et sans poissons, comme tous les jours de l'été. Ils prirent de l'eau et on tint la fille pour folle. Personne ne voulut la croire jusqu'au jour où il arriva la même chose à une femme dévote. Mais à la place des poissons, il y avait de grosses grenouilles, et elle entendit des cloches au loin, preuve que c'était bien les cloches qu'elle voyait.

A partir de là, on ne vit plus rien. Les cloches doivent encore être enfouies à cet endroit, mais le "Pomsellbruna" n'existe plus. Rares sont les personnes qui peuvent situer l'emplacement du puits.

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 L'herbe qui fait errer

 

Un jour, Marianne voulut porter son repas de midi à son mari le Waldtony qui travaillait en forêt. C'était une soupe qu'elle avait préparée avec du bon lard frais et des savoureux légumes.
A onze heures elle verse de bonnes pochetées dans chaque assiette de ses enfants qui vont rentrer de l'école. Elle décroche son panier et la voici en route.

Elle marche, marche encore et soudain entend les douze coups de midi tombant d'un lointain clocher. Mariannele trouve le chemin terriblement long depuis qu'elle a traversé un épais fourré où elle a déchiré l'ourlet de sa jupe. Elle se met à courir et plus elle court, plus elle perd la tête. N'en pouvant plus quand sonna la sixième heure, elle se mit à pleurer.
Soudain elle aperçut une clairière et à côté d'un grand chêne, dans une niche, la statue de Sainte Catherine tenant en sa dextre une palme et s'appuyant de la main gauche sur la roue de son martyre. Mariannele invoque la sainte pour l'aider à trouver son chemin. Elle lui dit être la fille du meunier. Et, miracle, la statue se mit à parler. Elle soulève le bas de ta jupe ; là où les ronces l'ont déchirée, s'est posée une semence d'Irrkrüt. Enlève-la vite et tu retrouveras la bonne route".

Mariannele cherche fiévreusement et finit par trouver la semence de l'herbe qui fait errer, pas plus grande qu'une tête d'épingle, logée dans l'ourlet de sa robe, et frotte la place où elle s'était incrustée avec une feuille humide, sachant que si le moindre de ses petits poils y demeurait, persisterait l'enchantement. Tout est parti et aussitôt la brave femme finit d'errer, retrouve la bonne route, arrive même à la maison avant son homme.
Le pot était empli de soupe bouillante. Et toute la famille la dégusta en écoutant l'odyssée de la ménagère, tantôt larmoyante, tantôt riante.

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 Le trésor de Rushburn

 

Entre Hirtzbach et Fulleren, quand le promeneur passe à travers bois, à l'entrée de Fulleren, deux cent mètres à droite du chemin, il arrive près d'un calvaire. Sur le socle de la croix, on peut lire : "Rushbürn 1806".
Ce mot vient de Ruelisbrünn, nom d'un ancien village disparu. A ce qu'on raconte, le village et son château furent détruits le même jour. Tout le monde s'était réfugié au château et tout le village fut rasé par les troupes ennemies. Plus tard, on aurait construit un prieuré sur les ruines du château, lequel prieuré fut détruit -mais ce détail je ne saurais l'affirmer- en même temps que l'église Saint-Léger. A la vue de l'ennemi arrivant, les moines cachèrent leur trésor. A part le portier et le prieur, nul n'en connaissait la cachette. Beaucoup de gens essayèrent de le retrouver, mais en vain.

De nombreuses années s'écoulèrent, des haies et des buissons poussèrent sur les ruines.

Un beau jour, un paysan de la vallée de la Largue, accompagné de son valet, alla en forêt pour chercher du bois. Une fois la voiture chargée, ils s'en retournèrent, ils longeaient les ruines lorsque le paysan vit une belle pierre.
"Arrêtons-nous, dit-il à son valet, regarde cette pierre, elle me fera une belle meule, nous allons la prendre."

Ils chargèrent cette pierre sur la charrette par-dessus le bois et poursuivirent leur chemin. A l'approche de Fulleren, le valet interpella son maître en criant :
"Maître, la voiture brûle, arrêtez-vous, la voiture est en feu !"
- Laisse brûler, Seppi et viens près de moi si tu as peur, poursuivons notre chemin et laisse-la brûler."

Ils poursuivirent leur chemin et le valet n'osa même plus se retourner. Ils arrivèrent à la maison : la voiture était toujours là. Ils rentrèrent dans la cour pour décharger le bois. Naturellement, il fallait descendre la pierre. Le valet, maladroit, laissa tomber cette pierre qui, en se brisant, laissa échapper de l'or et de l'argent. La pierre était toute creuse et pièces d'or et d'argent s'éparpillèrent dans la cour.
Bien entendu, le paysan s'empressa de les ramasser et dit à son valet :
"Si tu dis le moindre mot, je te congédie. Ça ne te regarde pas, c'est à moi, c'est moi qui ai dit d'emporter la pierre, toi, tu n'as rien à dire."

Mais au bout de deux ou trois ans, les gens du village se posèrent des questions : ils se demandaient d'où provenait l'argent qui avait servi à acheter un nouveau champ, un moulin sur la Largue, et surtout cette grande ferme ! Les langues allaient bon train :
"Pourquoi s'agrandit-il tellement ? Aurait-il volé de l'argent ? Comment a-t-il eu tout cet argent ? Quand on sait comment il vivait avant et comment il vit maintenant ! Il s'enrichit d'année en année pour devenir riche comme Crésus !"

Le valet, devenu vieux, mourut. Sans doute avait-il confié à quelqu'un, sur son lit de mort : "Mon maître a trouvé le trésor de Rushbürn !"

Dès lors les gens comprirent que le trésor de Rushbürn avait été découvert et qu'il était à l'origine de la richesse du paysan.

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S'Bergackerfraile (la dame du champ du mont)

A quelques minutes de Saint-Léger se trouve le lieu-dit "Bergackerbrunnen" (le puits du champ du mont). Près de là existait une station romaine et également un château ou maison forte, dont le souvenir subsiste dans la tradition orale et sous forme d'une petite statue de la Vierge accrochée à un arbre.
Dans le château vivait une jeune fille noble. Par une nuit d'épouvante, le château et ses occupants furent réduits à néant. Les habitants des alentours ne virent, le lendemain matin, plus que des ruines fumantes. La fille du châtelain erre depuis cette nuit, cherchant en vain le repos éternel. Elle apparaît, les soirs d'orage, silhouette blanche, à travers les bois. Des gémissements s'échappent de ses lèvres. Le promeneur attardé peut la voir se jeter au pied de la statue de la Vierge et disparaître comme par enchantement dans un éclair éblouissant. Il arrive même qu'en plein jour, on entende sa plainte : "O éternité, que tu es longue, que tu es longue !"
Un jour, elle a conduit un habitant de Hirtzbach jusqu'à une lourde porte en fer, lui a montré la clé et lui a demandé de l'ouvrir. Là, il trouverait autant d'or qu'il souhaitera. Il ne devait craindre ni le serpent, ni les animaux diaboliques qui gardaient le trésor ... Mais l'homme prit peur, remit la clé à sa place et s'enfuit. Soudain éclata une tempête, la jeune fille vêtue de blanc se dressa à côté du fugitif et le supplia de la délivrer. Mais lui continua à courir et entendit encore : "Maintenant, il faut que j'attende qu'un tilleul pousse de nouveau à cet endroit et qu'on taille dans son bois un berceau. Le premier bambin qui y couchera, pourra me délivrer dans sa trentième année."

 

 

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La sorcière de Koestlach

 

A Koestlach vivait une vieille sorcière qui avait à son service une jeune fille merveilleusement belle. Il était rare que la jeune servant accablée de travail puisse se coucher avant minuit. Elle fut très étonnée un soir de se voir obligée de regagner sa chambre après le souper.


Ne pouvant s'endormir et la curiosité l'emportant, elle se leva et regarda par le trou de la serrure de la grande chambre d'où venait le bruit d'un bourdonnement de rouets. Que vit-elle ? Assis en rond, de grands bouchons de paille surmontés de têtes humaines, et ces choses bizarres filaient du lin tant qu'elles pouvaient.


Le lendemain, la jeune fille effrayée de ce qu'elle avait pu voir la nuit, réclama ses gages et sa liberté. Au moment de la séparation, la sorcière lui fit promettre de ne rien dire de ce qui s'était passé. La servant promit et deux années s'écoulèrent.


Un jour, la jeune fille se confia à l'une de ses amies et lui raconta ce qu'elle avait vu lors de la soirée mystérieuse. Mais le lendemain elle ne put se lever. Ses pieds et ses membres étaient tout enflés.
Quelques semaines plus tard, un jeune garçon de Koestlach qui avait été à l'étranger rentrait au village. Il traversa une forêt et assista par hasard à une étrange réunion de jeunes et vieilles femmes. Parmi elles se trouvait la vieille sorcière qui raconta le maléfice qu'elle faisait subir à son ancienne servante. Elle raconta aussi comment la jeune fille pouvait retrouver la santé en prenant un bain de pieds dans le lait des trois plus vieilles vaches noires du village.


C'est ainsi que le jeune garçon put sauver la jeune fille. Ils s'aimèrent, se marièrent et eurent beaucoup d'enfants.
Et la vieille sorcière en mourut de dépit.

 

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Le Tonnelier de Arnsbourg

"Il y a bien longtemps de cela, un charbonnier traversait la forêt. La chaleur de cet été était intenable et comme la sècheresse sévissait notre homme souffrait terriblement de la soif.

Hélas, point de source ou de ruisseau pour désaltérer ce courageux voyageur.

En passant près des rochers sur lesquels s'élèvent les ruines du château, une bonne odeur de vin monta vers lui et il pensa :

 "Si seulement quelqu'un voulait me donner un peu de vin !" 
Soudainement, apparu sur les ruines un petit homme avec une longue barbe blanche, un tablier de cuir à la taille, un trousseau de clefs à la ceinture.
Cette apparition lui faisait des signes amicaux et l'invitait à le suivre.
Notre 'mort-de-soif' suivi le tonnelier sans se poser de question.
Ensemble Ils descendirent de nombreuses marches à moitié effondrées et couvertes de mousse.
 
Etait ce la descente aux enfers ?
Soudain, le tonnelier s'arrêta devant une immense et solide porte, prit une gigantesque clef rouillée à son trousseau et ouvrit.
Ils entrèrent dans une grande cave voûtée, bien fraîche avec une odeur alléchante, forte et suave.
 
 Le vieux tonnelier servit dans un verre de cristal finement taillé, un liquide d'une merveilleuse couleur sang.....Il le tendit au charbonnier en disant :
 
"Tiens, bois, c'est du vin que buvait le seigneur d'Arnsbourg et que je ne devais lui servir qu'aux jours de fêtes. J'étais son tonnelier, et je suis condamné à rester ici pendant deux cents ans encore, sans pouvoir jouir de la paix éternelle, parce que de mon vivant j'ai mis de l'eau dans le vin des serviteurs."
 
Le charbonnier but à grands traits.
Jamais il n'avait goûté un vin aussi bon; Jamais il n'avait été rempli d'une telle allégresse, de tant de jeunesse et de joie.
Il remercia le tonnelier souriant et, animé de nouvelles forces, il rentra chez lui.
 
De retour au village, il raconta son histoire, qui fit évidemment le tour du pays........ mais personne ne le crut, car il semblait ne plus avoir toute sa tête ! "
 

Depuis, beaucoup de bons vivants et de buveurs ont visité les ruines du château d'Arnsbourg, mais le tonnelier n'est jamais apparu.

Pourtant, certaines années, pendant la floraison des vignes, des vignerons prétendent qu'un parfum agréable et subtil monte du sol et enveloppe toutes les ruines du château.

La tradition populaire dit que cette année :

"il y aura de riches vendanges en Alsace, et en automne les caves se rempliront d'un vin généreux."

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